«Здесь, умного, полезного, взрослого, строгого, нечего сказать.» (Видео сообщение, июнь 2024г.)
“Il n’y a presque rien d’intelligent, d’utile, ou de mature à dire ici.” (Message vidéo, Juin 2024)
Sur un morceau d’herbe maltraité, un dialogue maltraité a lieu au-delà de la limite du temps – une pause-café, une figures claire et l'otre sombres l’une à côté de l’autre, toutes deux jeunes mais toutes deux fatiguées.
L’un des deux individuels (je ne dirai pas lequel) ne voit pas l’intérêt de parler trop. Il avait rarement quelque chose à dire puisqu’il ne semblait jamais pouvoir trouver ses mots. Parfois, il se pouvait qu’il eût vraiment quelque chose à dire, mais il préférait souvent être assez gentil et donner la parole à l’autre individuel pour que ce dernier contribue à leurs conférences à deux avec quelques paroles sages. Aujourd’hui, quand même, il décide de donner une dernière chance aux espoirs de la communication effective sur planète Terre.
Cependant, il est impossible de prouver que le deuxième individuel est en train d’écouter. Il est ici, à un demi-mètre, oreilles ouvertes. En d’autres termes, cher lecteur, si cette conversation était dans les normes de notre grand 21ème siècle, cet individuel serait probablement laissé sur «lu».
Veuille noter cher lecteur que cette nuance n’en fait pas moins de cela un dialogue puisque sur ce morceau d’herbe maltraité où des mots vides sont répétés et à peine quelque chose se passe, une combinaison de regards, de sourires, et de musique laisse l’impression que tout est en train de se passer.
Positions de départ, dos appuyés sur les briques, silence maladroit, respiration profonde, contact visuel établi, respiration profonde, expression du visage ajustée, respiration profonde, décollage : “Comment vas-tu ?”. C’est le mieux qu’il puisse trouver. Il savait peu à propos de son “équivalent”, ce qui lui fit renoncer à trouver des variantes plus intéressantes de la question alourdie. Silence. Son partenaire n’était probablement pas d’humeur. “Laisse tomber. De la glace ?” Il offre deux cornets de glace au chocolat; un élément essentiel de son image de marque pendant ces trois dernières années sur ce carré d’herbe.
“Ces derniers jours, je sens… Je veux dire j’étais en train de penser… C’est à dire, c’est comme si je ne parlais aucune langue couramment… Tu vois, puisque l’espace de ma tête circule entre les cultures et les langues, je dois oser remettre en question toutes mes perspectives, de laisser les choses tomber, de me sentir incomplet, de cesser de comprendre mon comportement, d’accepter le fait que j’ai en effet créé de moi-même une personne extrêmement compliquée.”
Il allume la cigarette de son compagnon.
“Je peux bien expliquer ! Le matin avant le dernier spectacle du semestre, dans un effort de justifier les actions d’un caractère, nous avions discuté, mon collègue et moi, les nuances entre l’amour pour une personne et l’amour pour une idée.”
Il s’allume une cigarette : “J’en suis venu à la conviction que les gens ne tombent amoureux que des idées.” Il fait une pause, permettant à son public de digérer sa découverte. Il regarde placidement et essaie de détecter n’importe quelle réaction… Rien.
“C’est comme si… Enfin, tu sais que je n’aime pas établir des parallèles entre le professionnel et le personnel, mais…”
Il sonde le ciel à la recherche d’indices. Il demande un miracle.
“Tu as entendu parler de... Non. Tu connais le sentiment, l’expérience, le processus dans lequel tu donnes à différentes entités de la vie tout ce que tu sembles capable de consacrer, et en retour… rien. Et c’est seulement après ces vagues de prise de décisions impulsives et passionnées que tu as l’impression que tout ce que tu es/as… ne vaut… rien.”
Cher lecteur, ne le prend pas au sérieux. Il n’a pas l’air de comprendre ce qu’il veut dire non plus.
“Sois sûr qu’il y a seulement trois ans, j’étais certain d’être cognitivement, rationnellement et culturellement capable de contrôler mes émotions. J’étais capable de décider. C’est effectivement logique que plus une créature grandit, plus elle est en contrôle. Moi… je semble perdre le contrôle de jour en jour. Je ne deviens que plus stupide, tu comprends ?”
Quelques tentatives de paraître humain suivent. Une douzaine de questions comiquement existentielles plus tard, un verdict est rendu :
“Je n’ai rien d’intelligent à dire… Je réalise que je suis une personne répétitive. Va, maintenant. Reviens demain puisqu’il est fort probable que je te propose à nouveau un cornet de glace, une cigarette, une chanson, un carré d’herbe abusé… Quelle valeur est-ce que j’apporte à ce monde ?”